Filmer la campagne, montrer la province, c'est ce que les cinéastes évitent de faire, de crainte d'entrer de plain-pieds dans le documentaire ou de filmer des temps morts. Ils savent que la fiction n'y résisterait pas, et qu'à dénuder la beauté, en la plaçant cruellement sous l'éclairage d'une lampe d'inspecteur, le résultat ne peut être qu'un triste constat : Un rêve immobile.
Il faut se la coltiner pourtant, la réalité, savoir déposer son agitation, revenir aux fondamentaux. Regarder ce qui vit encore, quand tout dort.
C’est ce que fait Alain Guiraudie, à sa manière bizarre, en mélangeant lentement des thèmes considérés comme incompatibles. L’homosexualité et la vie ouvrière.
Face à ces personnages qu’on dirait sortis de Bernard-Marie Koltès mais dépouillés de leur révolte, le spectateur comprend que la volonté de calme est aux antipodes de la communication, ce rythme vain des villes, où les épuisés bavardent, parlent sans arrêt pour oublier qu'il n'ont rien à dire.
C’est là que la démarche de Guiraudie est nouvelle, personnelle en ce sens qu’elle va à l’essentiel, qu’elle résume sur 50 minutes ce que le cinéaste veut montrer. Sans jamais en revenir aux clichés, au dénominateur commun, ni aux fameux « petits faits vrais » qui servent d’ordinaire la soupe, du tout-venant cinématographique.
Voilà donc un film troublant, posé et qui parle de désir avec la crudité nécessaire. A voir. D’autant qu’on peut y entendre quelques unes de ces vérités incontestables qu’on n’est pas plus avancé en sachant, mais qu’à force de ne plus entendre, on avait fini par croire fausses.
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