Je continue paisiblement l'exploration des oeuvres de Brisseau, cinéaste sous-estimé, dont le nom semble sali par ses étranges penchants au mystère et qu'une carrière irrégulière a éloigné de la reconnaissance, que d'autres ont largement goûté. Pourtant, ce serait aller trop vite que d'ignorer un film aussi troublant qu"un jeu brutal. Et qui mériterait d'être diffusé, répété, et dont logiquement les copies devraient circuler en sous-mains, chez ceux qui se piquent d'aimer le cinéma.
Car malgré cet inexplicable amour de la fausse note dont Brisseau ponctue toujours ses oeuvres, et qui sans doute est le prix à payer pour atteindre à une si belle et haute densité, Un jeu brutal est une réussite, dont certaines scènes peuvent prétendre entrer dans une anthologie du cinéma français. J'imagine que cette assertion laisserait totalement indifférent ce cinéaste, que comme on dit, ça lui ferait une belle jambe, d'être en imagination placé dans un musée, sachant ce qu'aujourd'hui Brisseau représente dans le paysage : à peu près rien. Ou plutôt un simple objet de mépris, un cas qui aurait mal tourné...
Au départ, ça commence un peu comme un Maigret, la faute ou plutôt la raison en est la présence imposante de Bruno Cremer qui est l'acteur fétiche de Brisseau. Mais rapidement, le film décolle après un dialogue qui fait exploser les convenances narratives et dans lequel, une jeune infirme déclare regarder les sales humains qui passent et souhaiter les tuer.
A partir de cette déclaration, qui pose en principe les accents sadiques de l'infirme, son handicap vu comme un ressentiment, le film peut commencer à se déployer, avec une grande science des émotions et quelques plans somptueux, dont un sur l'infirme accroché au dos d'un homme tentant de gravir une montagne.
A voir absolument, malgré une fin peu pardonnable. Car les qualités d'envergure de ce film, sa froide fébrilité en font une oeuvre remarquable et qu'il est temps de découvrir.
(Je ne me relis pas, texte écrit en un seul jet.)
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