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01 August 2009 @ 03:32 pm
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Je suppose que ma famille est cannibale puisque son objectif affiché durant mon séjour en province fut de me voir grossir. Mon cerveau s'est également empâté. J'ai pris des kilos dans le crâne.
Malgré les exercices de néant pratiqués. Trop couvé que j'étais dans les bons draps d'une bourgeoisie qui au final, me plait.
Jamais encore, je ne me suis senti si proche des gens ordinaires et de leur invisibilité. Je me suis presque vu, habiter une petite ville et m'y complaire dans des habitudes surannées.
Prévoyant de passer un an à me dorloter dans un cadre de fenêtre.
Sur la petite place du village, montait un rire hystérique qui me disait de devenir français et d'abandonner la lutte pour être étranger.

Je me félicite d'être parvenu à l'inconscience éclairée de la sagesse à petit ventre. Je n'ai plus peur de la satisfaction, en ce qu'elle est une borne. Je peux même dire aujourd'hui qu'elle est mon point de départ. Que je suis satisfait d'avoir une corde et un poteau autour duquel brouter.

Sinon, j'ai lu. Beaucoup. Je deviens trop intelligent. Même pour moi. Ca commence à poser problèmes pour trouver des correspondants...
Et j'ai désormais des intuitions et des fulgurances entre les endormissements. Je dois réfléchir environ deux minutes par jour. Le reste du temps est consacré à me tenir dans cette soupe originelle que j'appelle béatitude. Et dont j'espère me lasser rapidement, avant coma définitif et entrée vivant au paradis des idiots qui prétendent au bonheur.

J'ai lu Simmel, Debord, Racine. J'ai bien envie de réécrire Hugo avec des ciseaux. ou de raturer les manuels scolaires avec du typex.

Rarement, je ne me suis senti si peu écrivain. Si je pense à l'écriture en tant que forme d'art, je constate n'avoir qu'une paire d'yeux et des aptitudes d'handicapés. Ma seule aisance est de savoir choisir entre le oui et le non.

Il ne faut pas m'en vouloir si je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. C'est un bon départ. Ca suinte si j'y pense. J'ignore d'où et qui a mit ça en moi et pourquoi je m'en fais transmetteur. Après tout, je pourrais prendre ma retraite...
Je pense à me retirer des lettres pour gérer un patrimoine. C'est un rêve très petit-bourgeois de cultivateur de patates. Dans mon sang de parisien, coule la vie provinciale, un rêve haut comme un tabouret.
Au final, j'aime bien être assis. C'est un vrai vertige que cette position décriée.

Illustrations du fantastique Roman Signer.
 
 
 
 

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