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23 June 2009 @ 01:55 pm
Johnny Halliday : L'homme aux loups.  



Lorsque les historiens du futur se pencheront sur le cas de Johnny Halliday, ils seront face à un incroyable mystère, et devront s’arrêter méditatifs devant ce trou noir de la chanson populaire, qui vendit de la musique, comme un entrepreneur du bâtiment, refourgue aux plus défavorisés, des maisons Bouygues et des villas en bétons. Ils devront se faire les archéologues de la Mongolie intérieure pour comprendre pourquoi une civilisation voulut bâtir cette pyramide inversée.

On ne peut toucher le phénomène J.Halliday, sans s’interroger sur l’époque médiatique qui l’a hypocritement choisit pour idole, et a fait de ce camionneur (avec femmes nues et chef indien), une icône.
On ne peut non plus saisir, son parcours de marée noire, sans s’attrister quelques minutes sur la disparition d’une véritable culture populaire dont il ne reste que des ruines, des zones franches, des zup et des bunkers-pavillonnaires.
Je pense que Johnny est le prophète d’une France qui s’est découvert un destin de pays du tiers-monde. Et qu’il fut utilisé pour cimenter la paix sociale et satisfaire les ambitions populistes de politiciens qui écoutent du Mozart chez eux.

On peut aimer les losers, le prolétariat, jusque dans leurs faiblesses, leur reconnaître une violence, une pudeur que la bourgeoisie n’a pas. Mais les fans de Johnny sont différents. Ce sont les créatures du parking, des morlocks aux caddys vides qui errent dans les allées des supermarchés en buvant de la bière tiède. Ceux-là mêmes qui ont renoncés à toute forme de grandeur pour mieux épouser la misère et faire de leur vie, une aire d’autoroute vouée à la destruction.
C’est ainsi, que Johnny a bâti une fortune colossale, qu’il souhaitait d’ailleurs cacher en Suisse, et a lésé des sous-éduqués en les confortant, les encourageant à devenir des militants de leur propre régression. Il est responsable moralement de l’abaissement de ces gens, qui autrefois étaient de paisibles agriculteurs.

Un fan de Johnny est nécessairement un être coupé de toutes ses racines, une plante arrachée du sol et placée en pot sur un rayonnage. Un individu de ce 21ème siècle ravagé, tel qu’on en voit parfois aux informations, sur le pas de sa porte, en chandail bleu ciel, devant une table en formica et qui ne fait rien de son désespoir, de ses colères, entièrement collé à un horizon qui ressemble à un poster (ou à un calendrier de la poste).

Car il faut le dire, Johnny est la tentation nihiliste du prolétariat. Il est sorti victorieux des années 80, et a abattu ce qui subsistait encore de dignité prolétaire pour se payer des villas à Stadt. Son succès s’est établi sur le cimetière du goût. Le petit flûtiste de Hamelin conduit les pauvres en enfer. Merci à lui de les envoyer par charters.
 
 
( 1 comment — Post a new comment )
(Anonymous) on June 26th, 2009 01:33 am (UTC)
Support de vente
J.H. est une production mercantile de la France d'après-guerre sous perfusion américaine. Il occupe aussi la place d'un Jean Gabin au cinéma. Place qu'a reprise un Depardieu. Tous, produits dérivés du père originel, le Général. Et ultra-réactionnaire, évidemment. Je communie avec toi dans la détestation de ce que ce non-artiste représente.

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