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01 June 2009 @ 12:13 pm
Tom Clancy  

J’arrivai au Virgin, où je comptais distraire mon esprit embué, qui avait soif de couleurs criardes plus que des finesses de la nature.
Passé le seuil rouge coca-cola, rouge Ferrari, rouge pivoine, je me détendis et me sentis chez moi, déchargé de l’oppression du printemps.
J'allais droit au stand de littérature où une femme ridée mais bronzée, épaules nues feuilletait un volume et lisait la quatrième de couverture avec cette même précision chirurgicale que l’on peut prendre à détailler les étiquettes des boîtes de conserve, pour en connaître les ingrédients.
Elle avait d’ailleurs pris la pose sereine d’une divinité de journal télévisé, et lisait lentement dans sa tête, quelques paragraphes spectaculaires du dernier Tom Clancy.

- Il faut l'arrêter avant le fatidique achat. Il est de mon devoir d'empêcher cette femme d'acheter un roman écrit au dictaphone. C’est mon devoir. Toujours. Chaque âme sauvée forme un trésor dans le ciel. Me dis-je rendu lyrique par la nervosité.
Je m’approchai.
- Ce livre est épais. Il fut moins long à écrire qu’il n’est à lire. D’ailleurs, je l’ai lu. Vous l’avez lu également, il y a trois jours en regardant TF1. Vous connaissez l’histoire, puisqu’elle a inspiré 125 feuilletons policiers, tous diffusés cette semaine. Lui dis-je.
Je m’attendais à ce que la femme réponde, sursaute ou fulmine. Mais avec un sang froid dont je ne l’aurais pas cru capable, me jugeant avec aplomb, pensant sans doute que la méchanceté des hommes était vraiment sans limite, elle préféra subir pour Tom Clancy le martyr, prit le roman, pivota d’un arrière-train de gymnaste, et sans un mot se dirigea droit vers la caisse, où sa carte bleue triompha de mes recommandations.
 
 
 
 

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