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pradoc
29 June 2009 @ 01:46 pm
 


 



Fermé pour cause de fermeture

Bientôt réouverture pour cause de vacances.



 
 
pradoc
28 June 2009 @ 01:57 pm


Chronique allitérative en "C".


Parmi la clique des groupes qui firent claquer le son, Television se tient à l'écart, en décalage et en tête des objets du culte. Car quiconque écouta Marquee Moon fut culbuté et aussi sec déclara, sur ce disque je construirai une chapelle.
Rares sont pourtant les claques musicales dont le souvenir dure trente ans.
Heureusement, vint Tom Verlaine, pour donner le déclic musical et l’éclat punk aux chambres des étudiants cloitrés.
Qu’est-ce que Television ? Un cas d’école, un combo charismatique, toute la classe du New York des caves, et du CBGB, gravée sur disque.
Aucun équivalent à ces cassures de rythmes arachnéens, tissées par de glaciales guitares, coupées par un chant secoué et ponctuées de complaintes qui escaladent, on ne sait quel frisson.
C’est pas du poulet. C’est complètement, carrément, cliniquement et sans clinquant, le seul skeud de punk décrassé de l’histoire.
On y entend se croiser, se chamailler, sans chamallow des cordes pincées, crisser et crier des vocalises et se crisper les accords.
A découvrir donc, recommandé par pradoc, à tous les curieux (même aux crétins s'ils veulent s'en sortir) pour évacuer le cérumen.
 
 
pradoc
26 June 2009 @ 11:39 pm


 
Peu d’activités me plaisent davantage qu’une marche dans Paris, au lendemain d’un abus de boisson. Quand tous sont effondrés, migraineux, poisseux, je sors traîner un corps sans poids d’éponge et me laisse imbiber. C’est dans les jardins du Palais-Royal, que chaque fois, j’aboutis, le souffle coupé en entrant sur les allées en sable. A jeun, si je poursuis vers la Cour Carrée, je retrouve cette même sensation qui est presque une extase.
Un autre lieu où on peut adorer les couleurs des fruits et des légumes, est la rue Saint-Denis et son marché primeur. Là, il faut se laisser envahir, ne pas hésiter à descendre jusqu’à la béatitude qui consiste à aimer les épluchures.
On est au cœur de l’abondance vagabonde qui est de ne rien chercher. Il faut s’être baigné une fois dans ce quartier pour comprendre l’importance d’un cageot d’oranges, et tous les rêves fantasmés contenus dans une banane.
On en ressort délavé, essoré, purgé de tous les parasitages, comme après la mue. Prêt à nouveau pour l’atterrissage.
 
 
pradoc
26 June 2009 @ 01:18 pm

J'étais assis contre la fenêtre et je ne désirai pas échanger avec mon voisin, me perdre en banalités d'usage et en politesses, ni parler le sabir ennuyeux qui sert aux premiers contacts, et je lui préférai la vue du tunnel.
Je craignais en le regardant de devenir ce passager, endormi sous sa peau, le cerveau langé dans du coton. Une vache immobile avec appareil photo autour du cou.

De ce touriste, je ne voulais rien savoir, ni que le futur ironiquement, pourrait faire que je lui ressemble, ou que l'existence me conduise à me retrouver un jour assis, sous le regard d'un juge moqueur. Histoire d'échanger nos rôles.

Mais j’exagère, car je sais qu'en définitive, lui et moi, même si l’âge nous endurcit sous son cuir, nous serons toujours différents et que nous n'avons pour point commun que de nous frôler dans les transports et de nous renifler.

Mais supposons maintenant que je mette un short, une casquette et un konica, que je me déguise en lui. Que je m'imagine avoir trois enfants qui piaillent au musée, deux voitures, une femme, un métier...
Non. Je n'arrive pas à l'imaginer. Je préfère devenir ma propre caricature que d'endosser le costume d'un autre.
 
 
pradoc
24 June 2009 @ 03:27 pm


Mais Shox bien qu’il eut des opinions passait fort peu de temps à réfléchir. Sa pensée n’arrivait pas à se fixer, et il était comme un homme sur un balcon, distrait perpétuellement par la rue.
Les bouffées qui lui tenaient lieu de pensée, ne résistaient pas à l’examen prolongé. Et il lui semblait qu’être de son époque consistait à rejeter toutes les théories possibles, à professer des buts personnels pour seules convictions. Il n’en était pas encore arrivé, à cette dernière désinvolture qui consiste à n’avoir que le bonheur et donc l’amusement pour objectif affiché.
Et plus curieusement, il s’aperçut assez tôt qu’à l'exception de quelques enragés, et pour une poignée d’irréductibles, devenus sectaires, la pensée n’avait plus aucune incidence sur les modes de vie, et qu’à Paris, qui que l’on soit, et quelque soient les croyances, on finissait invariablement par se fréquenter et par aimer les mêmes choses, par un effet de flou démocratique qui faisait que les singularités admises en privé, s'effaçaient sous l'effet du jeu social.
 
 
pradoc
23 June 2009 @ 01:55 pm



Lorsque les historiens du futur se pencheront sur le cas de Johnny Halliday, ils seront face à un incroyable mystère, et devront s’arrêter méditatifs devant ce trou noir de la chanson populaire, qui vendit de la musique, comme un entrepreneur du bâtiment, refourgue aux plus défavorisés, des maisons Bouygues et des villas en bétons. Ils devront se faire les archéologues de la Mongolie intérieure pour comprendre pourquoi une civilisation voulut bâtir cette pyramide inversée.

On ne peut toucher le phénomène J.Halliday, sans s’interroger sur l’époque médiatique qui l’a hypocritement choisit pour idole, et a fait de ce camionneur (avec femmes nues et chef indien), une icône.
On ne peut non plus saisir, son parcours de marée noire, sans s’attrister quelques minutes sur la disparition d’une véritable culture populaire dont il ne reste que des ruines, des zones franches, des zup et des bunkers-pavillonnaires.
Je pense que Johnny est le prophète d’une France qui s’est découvert un destin de pays du tiers-monde. Et qu’il fut utilisé pour cimenter la paix sociale et satisfaire les ambitions populistes de politiciens qui écoutent du Mozart chez eux.

On peut aimer les losers, le prolétariat, jusque dans leurs faiblesses, leur reconnaître une violence, une pudeur que la bourgeoisie n’a pas. Mais les fans de Johnny sont différents. Ce sont les créatures du parking, des morlocks aux caddys vides qui errent dans les allées des supermarchés en buvant de la bière tiède. Ceux-là mêmes qui ont renoncés à toute forme de grandeur pour mieux épouser la misère et faire de leur vie, une aire d’autoroute vouée à la destruction.
C’est ainsi, que Johnny a bâti une fortune colossale, qu’il souhaitait d’ailleurs cacher en Suisse, et a lésé des sous-éduqués en les confortant, les encourageant à devenir des militants de leur propre régression. Il est responsable moralement de l’abaissement de ces gens, qui autrefois étaient de paisibles agriculteurs.

Un fan de Johnny est nécessairement un être coupé de toutes ses racines, une plante arrachée du sol et placée en pot sur un rayonnage. Un individu de ce 21ème siècle ravagé, tel qu’on en voit parfois aux informations, sur le pas de sa porte, en chandail bleu ciel, devant une table en formica et qui ne fait rien de son désespoir, de ses colères, entièrement collé à un horizon qui ressemble à un poster (ou à un calendrier de la poste).

Car il faut le dire, Johnny est la tentation nihiliste du prolétariat. Il est sorti victorieux des années 80, et a abattu ce qui subsistait encore de dignité prolétaire pour se payer des villas à Stadt. Son succès s’est établi sur le cimetière du goût. Le petit flûtiste de Hamelin conduit les pauvres en enfer. Merci à lui de les envoyer par charters.
 
 
pradoc
22 June 2009 @ 11:42 pm
S'il vous arrive de vous sentir comme des lapins en prison, cette série est faite pour vous.
Deux épisodes !


 



 
 
pradoc
21 June 2009 @ 02:39 pm


Premier film de David Mamet, "Engrenages" ou "House of games" en VO, est une réussite dans l'art factice de construire un scénario, et de résoudre des problèmes d’échecs. Il fourmille de pièges à spectateurs.
C’est un champ de mines et de chausse-trappes, un jeu de piste cousu d’histoires à triple-détente, sur fond d’intrigue au carré (un peu comme cette phrase).
Bien que théâtral et sentant encore les planches, le film se laisse découvrir avec plaisir. Il roule sur des rails parfaitement huilés, avec une grande intelligence des enjeux. C’est du vrai cinéma classique, c’est-à-dire à l’ancienne, millimétré, précis. On en sort avec le sentiment de s’être fait avoir et roulé dans la farine. Un parfait exemple de film de scénariste.

Si vous aimez les histoires ficelées et dégraissées, je recommande « Way of the Gun », un brutal film sombre, d’excellente facture, écrit par une sorte de Peckinpah suicidaire. Un belle composition où les noirs gagnent, après une superbe fin de partie, riche en positions d'attaques et en gunfights chorégraphiés.
Selon moi, un des meilleurs polars de ces dernières années. Du Kasparov avec un flingue !

Disons, qu'il s'agit dans les deux cas pour le réalisateur de battre le spectateur et de le mettre mat. Ça change de ces cinéastes qui croient encore pouvoir faire le coup du berger avec des bastons de robots...
 
 
pradoc
20 June 2009 @ 04:48 pm

 
Sinon, j'ai rafraîchi mes favoris : Ici.
 
*****
Comme j'étais trop riche, je voulus dépenser. Direction la librairie pour casser du billet.
Après une demie-heure de tergiversation face aux tables, à genoux près des stands, accroupis devant les rayonnages, je me sentis de plus en plus mal à l'aise. Mon œil devenait blanc.
Quelle immense quantité de mayonnaise. Me dis-je. Y-a-t-il dans la tête des gens pour remplir un si grand espace ? Suffit-il d'acheter une raquette pour prétendre être champion de tennis ?
Trop de volumes. Et trop de prétention.
Pas assez d'ennemis de la parole. Nous sommes pourtant à l'époque charnière, où il s'agit de renoncer au verbe pour pouvoir mieux regarder la télévision. N'est-ce pas ?

*****

J'ai dépensé en compassion toute mon énergie. Me voilà alourdi de problèmes qui ne sont pas les miens. Qui dois-je alors blâmer ? La croix ou celui qui crut devoir monter ?
 
 
pradoc
18 June 2009 @ 05:32 pm




 

Il fut le grand et divin couturier. Malgré l'enlisement où se rabâchait son travail.
Contre le pouvoir nocif des phrases sans défaut qui retombent, épuisées par ce parcours du combattant qu'est la juste expression, il opposa aux raideurs du Grand Style et aux malheurs de la prêtrise en art, la patience et le décantage.

Parfait styliste, par sa défiance, ennemi de toutes les facilités.
Une faute le rendait malade. Non qu'il aimât la correction, il la méprisait. Mais il voyait l'ordre caché, et ne pouvait trahir.

Cela dit, bon vivant, au teint de coupe-rose, gros gras grand buveur, implanté dans un terroir. Aussi célèbre qu'une spécialité fromagère.

Je l'imagine volontiers clapotant dans un canapé à réfléchir aux tâches d'eau du mur. Occupé par tout le vide de son désoeuvrement.

On peut relire vingt fois ses livres. C'est leur raison d'être, que de ne pas contenir d'erreurs et d'opposer aux subjectivités du goût, aux sautillements critiques, un art du bien bâtir et des plans d'architecte.
 
 
pradoc
17 June 2009 @ 08:07 pm

Le 27 mai, j'écrivai sur la page FaceBook de Nicolas Sarkozy :

Bonjour, J'aimerai devenir poète officiel de l'UMP et obtenir une bourse pour écrire des odes au président. Je maîtrise l'alexandrin, le sonnet et le rondeau. Pour un prix modique, je suis prêt à faire l'apologie du gouvernement.

et

Je reste convaincu, cher Président, que depuis le départ de Dominique de Villepin, le gouvernement a besoin d'un nouveau poète à sa tête et que la poésie est seule capable de remédier à la crise, quoiqu'en disent les matérialistes. Bien à vous.

Mais l'Elysée, n'ayant aucune conscience des enjeux concret de la poésie, ne répondit pas. Seul un site internet parut s'intéresser à l'information. Ici.
Misère de la poésie ! Misère de la politique ! Je vais contacter Bill Gates.
 
 
pradoc
17 June 2009 @ 01:54 pm

Tout le monde s'est un jour éloigné en cachette du vacarme du rez-de-chaussée, pour gravir les marches jusqu'au ciel, dans le silence du grenier caché. Les voix humaines y parviennent étouffées. Assourdi, le tumulte du monde semble monter d'un autre temps, dont on s'est déjà évadé. On peut rester couché sous un métier à tisser dans l'odeur de vieux journaux et de cartons jaunis, à écouter la vie s'écouler autour de soi. Avec la même sensation de légèreté que dans une entreprise de pompes funèbres au mois de juillet, quand le croque-mort mange un sandwich au fromage et que le soleil brille sur les cercueils.

Le grenier n'est pas fait pour les foules. C'est un lieu intime qui déconcerte les gens et où même les hommes adultes perdent leur naturel. Au grenier, il faut de la solitude et de la jeunesse, on y apprend le sexe et l'existentialisme : à 17 ans, on rentre en cachette du bal, on tourne avec précaution la clé, on monte l'escalier, on ouvre la porte du grenier, on se déshabille, on se couche en maugréant dans le noir sous la couverture : 'Pourquoi faut-il que chaque planche grince ?'

Le père de famille aussi aime à se cacher au grenier pour échapper à ses obligations du samedi en feuilletant un illustré de 1956. Quand il redescend, c'est déjà l'après-midi.

Quand on a passé l'après-midi dans la paix d'un grenier et qu'on redescend à l'étage, on a l'impression de rentrer d'un long voyage. La grand-salle est claire, dehors le ciel est haut. Les arbres se dressent, rudes. Le vent fait vibrer la drisse du mât à drapeau - tous les détails du paysage apparaissent distinctement. L'allée du jardin mène vers le monde. Là-bas, la vie est chaotique. On y a tour à tour un rôle de cocher ou de passager.

Pour l'homme du grenier, des années peuvent s'écouler dans le monde du rez-de-chaussée. Un jour, il monte jusqu'au grenier, il se souvient de son enfance. Il lui semble que tout ce à quoi il croit se trouve là chez soi, tout ce qui demeure, ce qui est fort, tout ce qui permet de se lever chaque matin. Il sent qu'il a reçu sa part de la vie, comme s'il n'avait jamais quitté le grenier.
 
 
pradoc
12 June 2009 @ 01:43 pm

Après il a pris un tire-bouchon entre l'index et le majeur, et direct, il l'a enfonçé dans l'oeil du geignard qui pleurnichait.
Puis, il a tiré d'un coup sec.
J'te fais mal ? Il a dit.
L'autre a répondu que ça piquait.
Ensuite, il lui a versé du vin dans l'orbite et il a touillé avec une cuillère.

(The End.)

Il y avait un type qui était tellement bourré au supermarché, qu'il discutait avec sa bouteille.
On va être bien tous les deux, ce soir. Il disait.
Et la bouteille ne répondait pas.
 
 
pradoc
11 June 2009 @ 11:19 pm

Shox partit en Juillet dans l’Oise pour la ferme familiale, retrouver les hectares d’herbes, l’étang, le panorama de frondaisons qui faisait puzzle avec des feuilles. Il passa trois semaines en T-shirt assis sur un motoculteur, bercé par le ronronnement des pals, dans l’odeur de verdure coupée, suant.
Un petit troupeau de chats devenus sauvages avait ses habitudes dans le jardin et galopait sur les murets, se poursuivait avec des cris, et dans la maison endormie entrait parfois par la fenêtre pour en souiller les canapés. De la terrasse, on les voyait qui passaient, souples et bondissants. Impossible de les approcher à moins de dix mètres, ils s’enfuyaient à toutes jambes, et de dos ressemblaient à des lapereaux. Ils n’avaient pas de maître, l’habitation la plus proche était à plusieurs kilomètres, et ces harets se nourrissaient de leur chasse aux mulots, se blessaient la truffe en s’attaquant aux hérissons ou renversaient les poubelles postées le long de la départementale.

Shox s’occupa même de jardinage, mais en amateur, sans respecter les consignes, suivant l’inspiration. Il jeta des graines dans des pots, et dans les plates bandes, sans avoir lu les étiquettes des sachets, au hasard. Il tailla un cerisier au sécateur, ça il savait faire (quoique), et regarda tomber les branches.
Pour se distraire, et comme il avait découvert dans le cagibi un pot de peinture bleue, il décida de peindre un arbre, se rendit dans la forêt, choisit un jeune chêne et au rouleau couvrit le tronc jusqu’à la cime. Il fut fier de cet acte gratuit dont il ne comptait parler à personne. Comme d’une folie. Ce fut le secret de cet été, une invention absurde née de la solitude, un geste dénué de cause et n’ayant pas de but.

 
 
pradoc
09 June 2009 @ 04:01 pm


Des croûtes aux coins des yeux
: BD.

Discipline in disorder : Lectures et rock.

La flore et la faune : BD.

Le blog d'Antoine Chainas
: Le blog d'un auteur de polars.

Scotch & Penicillin : Des liens.

 
 
pradoc
08 June 2009 @ 01:04 pm

Filmer la campagne, montrer la province, c'est ce que les cinéastes évitent de faire, de crainte d'entrer de plain-pieds dans le documentaire ou de filmer des temps morts. Ils savent que la fiction n'y résisterait pas, et qu'à dénuder la beauté, en la plaçant cruellement sous l'éclairage d'une lampe d'inspecteur, le résultat ne peut être qu'un triste constat : Un rêve immobile.
Il faut se la coltiner pourtant, la réalité, savoir déposer son agitation, revenir aux fondamentaux. Regarder ce qui vit encore, quand tout dort.
C’est ce que fait Alain Guiraudie, à sa manière bizarre, en mélangeant lentement des thèmes considérés comme incompatibles. L’homosexualité et la vie ouvrière.

Face à ces personnages qu’on dirait sortis de Bernard-Marie Koltès mais dépouillés de leur révolte, le spectateur comprend que la volonté de calme est aux antipodes de la communication, ce rythme vain des villes, où les épuisés bavardent, parlent sans arrêt pour oublier qu'il n'ont rien à dire.
C’est là que la démarche de Guiraudie est nouvelle, personnelle en ce sens qu’elle va à l’essentiel, qu’elle résume sur 50 minutes ce que le cinéaste veut montrer. Sans jamais en revenir aux clichés, au dénominateur commun, ni aux fameux « petits faits vrais » qui servent d’ordinaire la soupe, du tout-venant cinématographique.

Voilà donc un film troublant, posé et qui parle de désir avec la crudité nécessaire. A voir. D’autant qu’on peut y entendre quelques unes de ces vérités incontestables qu’on n’est pas plus avancé en sachant, mais qu’à force de ne plus entendre, on avait fini par croire fausses.
 
 
pradoc
05 June 2009 @ 12:17 am





 

Il fallait un concurrent à l'amour.
Un tumulte borné
Qui fit chaos de toi qui était d'or si sage
Complice qui nous doublait.

Est futile désormais la question qui fut centre
Comme est devenu neutre le lieu où tu tardas
Abrutie
Et déjà remplacée. 

Pourtant tes aines portent un tronc
- Pantalon -

Qui comprend ne sait pas l'obscur
Rare circulation du sang dans les livres
Combien pèse le lièvre de la pensée ? 
(En terrine)

L'ombre est devenue taupe
Nous sommes des doublures.
 
 
pradoc
01 June 2009 @ 09:58 pm

Au début de l'année 1974, l'artiste Kjartan Slettemark demanda aux autorités de son pays l'obtention d'un nouveau passeport. Mais il remplaça sa propre photographie, par un portrait retouché de Richard Nixon. Doté d'une barbe broussailleuse, le visage du président des Etats-Unis ne fut pas identifié par la police suédoise.
Quand Slettemark voulut récupérer son passeport, on lui demanda de signer le document, mais l'officier en charge du contrôle s'étonna qu'il y eut un "A" majuscule au milieu du prénom de l'artiste "KjArtan". Celui-ci répondit que c'est ainsi qu'il signait ses oeuvres.
Le passeport fut approuvé et Slettemark l'utilisa pour entrer aux Etats-Unis.

Retourné en Suède, il vendit immédiatement son histoire aux six plus grands quotidiens nationaux. Et chacun publia une photographie du passeport en première page.
Quand on lui demanda la raison de son geste. Slettemark répondit qu'il voulait offrir à Nixon, une identité faite art et un moyen d'évasion. Le 9 août 1974, Nixon démissionnait.

Kjartan Slettemark est mort le 13 décembre 2008, connaissant ainsi sa dernière transformation. Son épitaphe est un bon exemple de sa tournure d'esprit :  "Art comes, art goes, happy the one who art".

(Traduction d'un article de Cabinet Magazine.)
 
 
pradoc
01 June 2009 @ 12:13 pm

J’arrivai au Virgin, où je comptais distraire mon esprit embué, qui avait soif de couleurs criardes plus que des finesses de la nature.
Passé le seuil rouge coca-cola, rouge Ferrari, rouge pivoine, je me détendis et me sentis chez moi, déchargé de l’oppression du printemps.
J'allais droit au stand de littérature où une femme ridée mais bronzée, épaules nues feuilletait un volume et lisait la quatrième de couverture avec cette même précision chirurgicale que l’on peut prendre à détailler les étiquettes des boîtes de conserve, pour en connaître les ingrédients.
Elle avait d’ailleurs pris la pose sereine d’une divinité de journal télévisé, et lisait lentement dans sa tête, quelques paragraphes spectaculaires du dernier Tom Clancy.

- Il faut l'arrêter avant le fatidique achat. Il est de mon devoir d'empêcher cette femme d'acheter un roman écrit au dictaphone. C’est mon devoir. Toujours. Chaque âme sauvée forme un trésor dans le ciel. Me dis-je rendu lyrique par la nervosité.
Je m’approchai.
- Ce livre est épais. Il fut moins long à écrire qu’il n’est à lire. D’ailleurs, je l’ai lu. Vous l’avez lu également, il y a trois jours en regardant TF1. Vous connaissez l’histoire, puisqu’elle a inspiré 125 feuilletons policiers, tous diffusés cette semaine. Lui dis-je.
Je m’attendais à ce que la femme réponde, sursaute ou fulmine. Mais avec un sang froid dont je ne l’aurais pas cru capable, me jugeant avec aplomb, pensant sans doute que la méchanceté des hommes était vraiment sans limite, elle préféra subir pour Tom Clancy le martyr, prit le roman, pivota d’un arrière-train de gymnaste, et sans un mot se dirigea droit vers la caisse, où sa carte bleue triompha de mes recommandations.
 
 
pradoc
30 May 2009 @ 01:26 pm


 
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. J'ai longtemps hésité entre les cadeaux que je voulais m'offrir. Une petite dépression était assez tentante, afin de recentrer l'orbite de plus en plus dérivante de ma vie sans charpente.
Mais je me ravisai, faire descendre mon pouls et me mettre une poussière dans l'oeil n'étaient pas des façons satisfaisantes de fêter la magnifique journée de mai.
J'optai donc pour un livre de philosophie allemande. Un bien meilleur cadeau, sans nul doute. Et à 16H, je vais me faire l'offrande d'un Hölderlin.

A propos de philosophie allemande, je recommande "La philosophie de l'argent" de Georg Simmel. Les premières pages du livre sont extrêmement coriaces, il n'est pas aisé de les démêler à qui n'a pas l'esprit formé par l'université. Mais ces embuches passées, le livre se clarifie et les difficultés tombent jusqu'à devenir illuminations.
A tel point, que durant tout le trajet en bus, je me suis cru intelligent en énumérant les points de doctrine qui m'avaient le plus frappé.
 
 
 
 

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