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pradoc
18 March 2012 @ 12:04 pm


- Mais avant tout vous devez reprendre des forces, vous devez cesser d'être à la merci de votre santé. Pendant les mois prochains, êtes-vous prête à vouer votre énergie merveilleuse à construire un corps nouveau pour vos nerfs rénovés ? Prête à ne plus vous préoccuper de problèmes que vous ne pouvez pas encore résoudre ? Ne me dites pas oui pour me tranquiliser : voyez, je vous en prie, ce que vous vous devez à vous même. Par exemple, vous avez souvent dit que vous combattrez Hitler de toutes vos forces dès que la guerre aurait éclaté : mais que ferez-vous si, à ce moment là, vous n'êtes guère plus qu'une ombre ?

Ma voix essayait de prendre le plus d'autorité possible. Mais je savais quel tourment fermentait derrière les quelques mots calmes de Christina. Aussi, dans la profondeur de mon être, là où la vie secrète et dense coule bien lisse et bien régulière, je balbutiai une silencieuse prière : "Qu'il me soit possible de vous venir en aide, impatiente Christina qui êtes tellement exténuée par les limitations de la condition humaine, oppressée par la fausseté de la vie, par la parodie d'amour qui s'étale partout ! Si nous voyageons ensemble qu'il me soit donné de ne pas vous manquer, que mon épaule soit assez ferme pour vous servir de soutien ! Sur la surface de la terre, là où j'ai déjà voyagé, je retrouverai le chemin qu'il nous faut suivre ; et intérieurement, où dès longtemps je me pose des questions semblables aux vôtres, que le peu que j'ai trouvé puisse vous aider à vivre jusqu'à ce que vous trouviez ce qu'il faut trouver par soi-même."
 
 
pradoc
05 March 2012 @ 05:06 pm


La patte du chat pend au-dessus de moi
Je suis sur le dos
Allongé
Je m'éveille
Et la première chose que je vois
Est cet animal bicolore qui fait une tâche irisée devant la fenêtre, 
Et par dessus dans le cadre bien découpé le ciel blanc, avec ses vapeurs, ses molletons, ses ouvertures de rideaux sur des scènes inventées
Alors je regarde cinq minutes, 
Ce que je n'avais plus fait depuis un an, le ciel. 


Dans la rue, c'est toujours au hasard que je vais, comme s'il était question de traquer quelque chose, de découvrir un fait. 
Il était comme moi. Il pouvait marcher longtemps en cherchant un lieu. Plusieurs heures même avant de se décider pour une terrasse. Comme si cela avait réellement de l'importance, qu'il existait une adéquation possible entre l'humeur et la géographie. Et la preuve, il finissait par trouver. Moi, c'est à l'étranger que je suis pris de déambulations, je ne peux plus m'arrêter de marcher. Je cherche, je flaire, je suppose, je marque mon territoire, je quadrille les vieux quartiers à la recherche d'un restaurant. Je n'accepte pas la déception touristique qui consiste à s'arrêter n'importe où, au milieu de n'importe qui, juste par confort. Je vais toujours plus loin dans l'exigence du lieu, puis la fatigue me rattrape et me tend une chaise et vanné je stoppe. Mais je ne renonce pas, je trouve l'espace idéal moulé à mon corps, là où mon esprit peut fraîchir. Je marche et stoppe avant de faner, et je retrouve constamment un minuscule printemps dans un verre de bière ou une eau pétillante avec une rondelle de citron. Une fois posé, je me détend, la pensée fait son nid et je traîne avant le prochain voyage où mon goût de la désorientation m'entraînera par des ruelles, jusqu'à un autre interlude. 
 
 
pradoc
03 March 2012 @ 10:37 pm



 
 
pradoc
01 March 2012 @ 01:02 am

Ma jambe est ankylosée, c'est le chat qui a fait son nid sur ma cuisse. Le jour, il gambade dans la cour, baguenaude entre les buissons secs de l'hiver, se frotte le museau aux branches et fait voyager ses puces. Comme le bon petit véhicule qu'il est, plein de parasites et de poils perdus. Je le siffle par la fenêtre et il accourt dans l'escalier en miaulant, queue levée avec ses yeux de peluche.

Bizarre ! Comme furent étrange cette rencontre et ma réaction face à ce mendiant paniqué, suant le manque et qui m'aborda. Ce n'est pourtant qu'après lui avoir donné un peu d'argent que la question morale s'est posée. A savoir quelle mauvaise nouvelle nous avions alors partagé.

J'ai mangé ce soir avec ma mère une pizza rue des Alouettes et n'ai pas désiré l'assassiner. Je m'excuse Sigmund Freud, j'ai même laissé un pourboire...

Il me faut beaucoup de temps pour réunir toutes ses dissipations qui constituent une journée. Mes curiosités sont amies de l'oubli, je suis une poule qui picore du sucre sous la pluie.
 
 
pradoc
21 February 2012 @ 12:33 am


Nous avons de longues discussions le soir, lorsque nous nous voyons. L'après-midi se passe à vaquer chacun à nos occupations imprévues. Dormir, peindre, regarder des films ou marcher sont les points cardinaux qui ne rythment pas nos journées tranquilles de détente. Nous n'avons pas de code, ni d'obligation.
Je traîne à pieds trois heures avec de longues pauses pour lire devant un expresso dans quelques endroits salutaires et chauffés. Christophe lit Léon Bloy et Chesterton. Du premier, il retient la virulence, la véhémence de la révolte presque maudite, de l'autre la franchise des contrastes chez un homme qui préférait les couleurs pures aux mélanges tièdes. Il n'y a pas de rose. Soyons blanc ou rouge. Ou taisons-nous. Je lis Sloterdijk, Rancière et François Dominique qui me touche par ses phrases brèves et la singularité de son champ lexical qui flirte avec l'enfantin et le lettré. Et puis il a de très belles césures qui cassent les arrondis du texte.  

Hier soirée calme devant l'ordinateur, je regarde "Five easy pieces". Beau film sur la révolte et la ténacité qu'il faut pour fuir son destin. Où se révèle l'extraordinaire acteur qu'était Nicholson. Beaux moments de pensées devant ce film troublant qui dresse un portrait ambivalent d'un homme cherchant l'échec et réussissant à exister dans ses contradictions. Au point qu'on le suit jusqu'au plan final en se demandant si on pourra jamais rejoindre cette conduite qui fugue...

Ce soir, soirée assez amère devant le film d'après la chute de Kazan "The visitors". Qui est sombre et désespéré et qui semble n'épargner aucun personnage sous la culpabilité générale. Des brutes, des lâches, et des femmes aimant leur assassins. Joli programme ! Drame captivant cependant à cause de l'énergie de Kazan, sa compacité rêche d'animal de théâtre qui fait que le spectateur s'alourdit peu à peu d'une vision dont il n'est pas si aisée de se délester.

Demain dès l'aube, à l'heure où fleurit la campagne, je partirai pour atterrir mercredi... 
 
 
pradoc
06 February 2012 @ 11:02 pm



C'est grâce à mon chat que j'ai regardé ce film. Pourtant il n'est pas très cinéphile, il préfère les fenêtres. 

Narré en quatre chapitres qui adoptent chacun un point de vu différent dans un mouvement très travaillé d'enquête sur la réalité d'un lycée, Simon Werner bien qu'ayant toutes les apparences d'un film indé promettant davantage qu'il ne pourra tenir, présente une intéressante alternative au cinéma français de l'adolescence cassoulet et de la nunucherie pleurnicharde. 

Dans les soirées, à dix-huit ans, on retrouve toujours une jeune fille saoule, malade d'avoir trop bu et qui souhaite faire quelques pas dans la forêt pour retrouver son souffle. Elle titube vaguement, fume malgré tout, le visage rose et c'est alors évidemment qu'elle croise un mort. Un cadavre anonyme quand la fête bat son plein. 

C'est le point de départ de ce film qui enquête sur la réalité d'une disparition et comment à cause de l’inquiétude engendrée par un évènement, les suspicions naissent à propos des plus banales vérités. Simon Werner est construit comme un puzzle temporel, la scène de départ ouvre le bal des questions. Puis, avec beaucoup de tact le cinéaste nous fait revenir une semaine avant le drame et suivre Jérémy, un adolescent de province comme il y en a tant, calme et hormonal. 

C'est alors qu'avec habileté le film va commencer son jeu de piste flou qui consiste à cacher les clefs, et à imiter le marionnettiste derrière un rideau, en montrant des situations ordinaires entre lycéens tout en faisant imaginer un roman d'Agatha Christie. C'est d'ailleurs par sa construction que Simon Werner déjoue le mieux les attentes, et inserre un fin suspens pas du tout racoleur à propos de presque riens, de détails glanés ça et là qui nourrissent l'intrigue. Il y a également quelques beaux portraits, sentis de jeunes gens pas vraiment modernes. Et une intéressante révision du cliché de la tête de turc, du mal aimé à frange trop classique, un fils de prof légèrement moqué et dont le rôle atteindra à une véritable profondeur psychologique à mesure de l'histoire.

Le film est assez attirant en ce qu'il ne contient aucune tare, qu'il raconte avec une grande transparence ce qui pourrait être une enquête sur la réalité. D'apparence paisible cette vie du lycée, cacherait-elle un secret ? Elle nous fait attendre la découverte d'une perversion qui enclencherait tout. Les quatre chapitres vont essaimer suivant quatre protagonistes de minuscules indices et former par ellipses le dénouement. Pour le spectateur, il est agréable de devoir chercher derrière la chronique des vies, des éléments capables d'éclairer. Rarement on aura autant pu vérifier que le roman policier peux être moteur et réveiller les instincts de détective. 

Mais las ! Les espérances ne seront pas totalement tenues, la bulle de savon cinématographique à force de nouer des noeuds finira en légère déception. Et laissera en suspend le suspens, sans le maîtriser jusqu'au bout, remettant un peu les compteurs à zéro et laissant sur un arrière-goût à la fois charmé et sceptique. Quelque chose s'est passé, mais quoi ? N'était-ce qu'une toile d'araignée particulièrement fluide ? On m'a encore roulé dans la farine !

(Pour ceux que ça intéresse, lisez Cosmos de Gombrowicz et sa fameuse préface où l'auteur polonais écrit avoir voulu faire un roman policier sur les mécanismes intellectuels qui forment en chacun la réalité. Même si ça n'a pas de lien direct avec Simon Werner mais plutôt avec Alban Berg et la folie de la sémiologie). 
 
 
pradoc
05 February 2012 @ 12:52 am


Il semble que les circonstances s'éclaircissent légèrement et deviennent plus favorables. J'ai réussi à obtenir trois contacts à qui faire lire le roman et dont j'espère que les jugements contrediront mes doutes. C'est à point nommé que ces gens sont apparus, peut-être pour m'aider à sauver du placard un livre que j'ai pris plus d'un an à écrire mais qui continue de ne pas m'apparaître. Au point qu'il m'a rendu aveugle et que je suis incapable d'en parler, de le juger, de trouver ses failles, ses forces, ses fuites.  

Sinon, j'ai commencé de donner des cours de soutien à deux enfants, en bénévolat chez eux. J'appréhendai la rencontre, de me retrouver dans un minuscule appartement à les faire réviser sur la table de la cuisine. Au contraire, nous travaillons dans le salon confortablement sur des poufs de cuir, pendant que le père me sert du thé et me parle du Coran en regardant la TV...
C'est une famille noire musulmane, les enfants sont légèrement en retard, surtout le garçon qui bien qu'éveillé et vif, écrit souvent en phonétique alors qu'il passe en cinquième. J'espère lui permettre d'obtenir la moyenne avant la fin de l'année et lui éviter l'échec scolaire qui l'enverrait direct à l'épicerie ou en classe professionnelle. Mon objectif est ambitieux, l'aider à ne pas rabaisser son intelligence à cause de problèmes d'éducation. Sa soeur se débrouille bien. Avec elle, le travail sera facile. Elle tire de la fierté à trouver les bonnes réponses. 

Il a fait extrêmement froid hier à cause d'une coupure de courant. Le chauffage a sauté et je me suis retrouvé à lire à la bougie, en gant, manteau et écharpe. Un mal pour un bien puisque j'ai commencé à réfléchir aux occupations des hommes du 19ème siècle. A l'époque où un chat sur les genoux était un média, où dans l'hiver on pouvait être pris par le spleen de l'isolement, plongé dans une certaine bulle de réalité entièrement fermée. Au fond, j'ai apprécié ce moment de silence et de froidure. Et me suis dit, que je serais capable de supporter ces conditions des semaines avec une plume d'oie, avec pour seules nourritures du fromage et des idées qui servent de réchaud...


 
 
pradoc
23 January 2012 @ 06:26 pm
J'ai relu avec des ciseaux ce que j'avais écrit sur ce blog. Voici des compilations très expurgées à télécharger gratuitement de mes travaux des dernières années. Tout est dans le titre.  




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pradoc
22 January 2012 @ 12:42 am


Il avait été très poli toute la soirée, mais l'heure venue, il avait éclaté dans sa chambre et noté dans son cahier toutes les injures qu'il n'avait pas pu nous adresser. Je m'en souviens très bien, d'autant que j'avais récupéré son bloc-note et m'étais permis de le lire sans qu'il le sache. Depuis plusieurs mois, je savais ou plutôt me doutais qu'il écrivait contre nous, le soir après nous avoir souri et qu'il vivait sur le papier des aventures interdites. Mais c'était un adolescent et qu'il ait des poussées de fièvre en grattant avec un stylo, après ses longues journées de timidité me semblait naturel. D'ailleurs, j'aimais mon fils, je lui reconnaissais le droit de se venger de mon autorité sur des carnets. Il avait un certain talent et je me disais qu'après tout, je préférais un enfant comme lui, contestataire et difficile à une petite chose mignonne qui ne résistait pas. 
C'était de son âge et c'était du mien que nous ne nous comprenions pas. Et j'étais assez fier qu'il l'exprime dans des textes secrets plutôt qu'il ne fasse du scandale à table. Pourtant nous avions de grands moments d'harmonie, je l'aimais et tout lui était permis à ce gosse. Grâce à lui, j'avais rajeuni, je me sentais davantage dans le temps présent. Il me poussait à m'intéresser à des sujets qui ne m'intéressait pas, simplement pour entrer en contact avec ses préoccupations. Et puisque j'étais un homme rationnel, avec des valeurs, je considérais qu'avec le temps, il se calmerait, qu'il ne pouvait par l'expérience que me rejoindre dans mes constats. 
Une fois par semaine, j'allais regarder ce qu'il avait écrit contre sa mère et contre moi. Et je lui donnais raison d'être différent. Bien qu'il m’agaçât prodigieusement. 

(A suivre)