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pradoc
20 August 2009 @ 06:16 pm




 
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pradoc
16 August 2009 @ 03:14 pm

Je continue paisiblement l'exploration des oeuvres de Brisseau, cinéaste sous-estimé, dont le nom semble sali par  ses étranges penchants au mystère et qu'une carrière irrégulière a éloigné de la reconnaissance, que d'autres ont largement goûté. Pourtant, ce serait aller trop vite que d'ignorer un film aussi troublant qu"un jeu brutal. Et qui mériterait d'être diffusé, répété, et dont logiquement les copies devraient circuler en sous-mains, chez ceux qui se piquent d'aimer le cinéma.
Car malgré cet inexplicable amour de la fausse note dont Brisseau ponctue toujours ses oeuvres, et qui sans doute est le prix à payer pour atteindre à une si belle et haute densité, Un jeu brutal est une réussite, dont certaines scènes peuvent prétendre entrer dans une anthologie du cinéma français. J'imagine que cette assertion laisserait totalement indifférent ce cinéaste, que comme on dit, ça lui ferait une belle jambe, d'être en imagination placé dans un musée, sachant ce qu'aujourd'hui Brisseau représente dans le paysage : à peu près rien. Ou plutôt un simple objet de mépris, un cas qui aurait mal tourné...

Au départ, ça commence un peu comme un Maigret, la faute ou plutôt la raison en est la présence imposante de Bruno Cremer qui est l'acteur fétiche de Brisseau. Mais rapidement, le film décolle après un dialogue qui fait exploser les convenances narratives et dans lequel, une jeune infirme déclare regarder les sales humains qui passent et souhaiter les tuer. 
A partir de cette déclaration, qui pose en principe les accents sadiques de l'infirme, son handicap vu comme un ressentiment, le film peut commencer à se déployer, avec une grande science des émotions et quelques plans somptueux, dont un sur l'infirme accroché au dos d'un homme tentant de gravir une montagne.
A voir absolument, malgré une fin peu pardonnable. Car les qualités d'envergure de ce film, sa froide fébrilité en font une oeuvre remarquable et qu'il est temps de découvrir.

(Je ne me relis pas, texte écrit en un seul jet.)

 
 
pradoc
16 August 2009 @ 11:19 am






 

Je l'entends celle qui morte résiste
Au feu qui la dénude -

Dans sa chair invincible, elle brûle

Elle est revenue de retour repartie
D'une marche
Qui la conduite
Rance,
De fraîcheurs éventées en roues cerclées des mêmes dents.

Des flammes vives la serre comme un couvercle
Elle est léchée de langues
Qui s'abaissent vers elle. 

Nettoyée, plus précieuse alors
Est sa seule réponse. 

 
 
pradoc
15 August 2009 @ 12:04 pm


 
L'auto-destruction est le premier des actes créatifs, en ce sens qu'à défaut d'un devenir ouvert, le mal que l'on se fait, demeure toujours comme le plus court moyen de s'éloigner de soi et d'oublier son bien, jusqu'à nier ses intérêts.
Cependant derrière tout acte dirigé contre soi, guette le problème caché de la conservation par des biais détournés. On se rejoint aussi par négativité.

Il n'est qu'à voir le nombre de ceux qui sombrent, qui s'offrent à sauter hors des règles du jeu, pour comprendre que la première des voies de l'être, la plus droite, la plus accessible, la moins contournée s'obtient par le choix d'une perte qui doit trouver compensation dans l'impossible.
Quand l'acte de création lui, est un long procédé d'échange et d'équilibres instables qui demandent à être corrigés, par raison et calcul.
D'où cette impression si forte que font ceux qui se sont jetés du pont, ce génie propre des destructeurs, de ceux qui sont partis sans vouloir revenir. En ce sens qu'ils sont immédiatement exemplaires. Quant aux très rares autres qui attentifs s'épargnent, il est impossible de les suivre ou de les imiter, leurs voies sont trop liées à leurs traces pour fournir un quelconque exemple (liberté).

Miel ! O miel ! Fluide spectre gluant de lave et de sucre.

Sans doute, il y a trois mondes.
 
 
pradoc
05 August 2009 @ 05:13 pm

 
Il était vêtu entièrement de noir et se tenait au milieu de l'herbe, entouré de quatre cygnes blancs, massés en cercle sur le gazon. Une cigarette dans la main et à ses pieds une canette de bière, encore assez fraîche pour qu'il se baisse de temps à autre pour y porter les lèvres.
Tout autour et dans la prairie, l'intensité verte des champs. Un délicat décor d'arbres et de feuilles impressionnistes.
Il était en mocassin et suait. Pas à sa place ici. Et comme déplacé. Au milieu des autres qui portaient t-shirts, et vêtements d'été, il faisait une curieuse tâche.
On se demandait s'il utilisait de la bière pour gel à cheveux. Mais non. Juste un spray.
- Fichue nature. Dit-il. Qu'est-ce qu'il fait chaud !
- Allons marcher. Lui dit-on. Rien de plus sain que de fouler la bruyère des sous-bois.
Et il baissa la tête, ce qui signifiait oui. Il fit alors un pas de côté, pour chasser les cygnes qui partirent en déployant les ailes afin d'augmenter leur envergure et d'effrayer ce prédateur qui s'était approché d'eux. Puis les cygnes rapetissèrent en s'éloignant et se blottirent sur l'eau.
Quant à lui, toujours un peu raide, au milieu de la verdure, pas véritablement intéressé par le muet déplacement des arbres et les petits massifs d'aubépine d'où partaient des chants, il se demanda si c'était bien raisonnable que d'être venu à la campagne, au plus fort de l'hébétement de l'été. Et il tira sur sa cigarette, prit dans la paume sa canette, s'assit et profita de l'heure qui s'écoulait.
 
 
pradoc
03 August 2009 @ 03:50 pm

Contrairement aux habitudes de la musique folk, où pour être barde, il faut porter la barbe, l'histoire de l'electro-hiphop est toujours restée synonyme de visage glabre et de noirs à capuches. Le look négligé n'a jamais vraiment percé chez les utilisateurs de synthétiseur. 
A la seule vue des pochettes, dans les rayonnages, on peut d'ailleurs sans grande chance d'erreur ranger les disques par catégorie.
1 - Un jeune en lunettes qui sourit, c'est de la pop. (Ou variation : Dessin au bic d'un jeune qui sourit.)
2 - S'il y a une nymphette-robot, grandes sont les chances que ce soit de l'eurodance.
3 - Un vieux qui regarde d'un air myope au loin, c'est de l'avariée variété.
4 - Mozart avec une guitare qui boit du champagne, argh, vous n'êtes pas au rayon classique...

Heureusement, vint Clutchy Hopkins pour remédier à cette terrible monotonie des codes esthétiques. Et en bon bluffeur, il redistribua les cartes. Car à regarder la couverture de "Walking Sdrawkcab" où ne figure qu'un étrange visage de faux Brian Wilson, il est difficile de deviner quelle musique compose Clutchy.
Pour ma part, j'imaginais un Moondog de l'electro. Et j'étais déjà bien appâté, d'autant qu'avec le CD était vendu un DVD consacré à ceux qui avaient eu la chance de croiser la légende Clutchy, proclamé génie freaks du sampling et bidouilleur chiffonnier.


J'ai donc assez peu hésité avant d'acheter l'album, mais c'est en tremblant, l'oeil humide, la truffe moite, que j'ai placé la galette dans le lecteur.  Allais-je être déçu et regretter mes 19 euros 98 cents ?
Pas du tout. C'est de l'excellent funk groovy top notch.
Il faut pourtant rappeler ici, que Clutchy malheureusement n'est qu'un prête-nom et qu'à ce degré de coolitude, l'inexistence, le fake, l'imagination seules peuvent atteindre. On a parlé de MF Doom, mais vraisemblablement il s'agirait de Shawn Lee.
Curieuse imposture tout de même que de vouloir se faire passer pour accéder à une meilleure visibilité pour un individu sans image.
Et si c'était justement la pointe de cette histoire, sa morale que de proposer un contenu dans un faux contenant, et sa manière discrète de protester contre l'incontinence des images que d'opposer le masque barbu de Clutchy comme un parfait réceptacle pour laisser s'exprimer la marge ?
 
 
pradoc
01 August 2009 @ 03:32 pm

Je suppose que ma famille est cannibale puisque son objectif affiché durant mon séjour en province fut de me voir grossir. Mon cerveau s'est également empâté. J'ai pris des kilos dans le crâne.
Malgré les exercices de néant pratiqués. Trop couvé que j'étais dans les bons draps d'une bourgeoisie qui au final, me plait.
Jamais encore, je ne me suis senti si proche des gens ordinaires et de leur invisibilité. Je me suis presque vu, habiter une petite ville et m'y complaire dans des habitudes surannées.
Prévoyant de passer un an à me dorloter dans un cadre de fenêtre.
Sur la petite place du village, montait un rire hystérique qui me disait de devenir français et d'abandonner la lutte pour être étranger.

Je me félicite d'être parvenu à l'inconscience éclairée de la sagesse à petit ventre. Je n'ai plus peur de la satisfaction, en ce qu'elle est une borne. Je peux même dire aujourd'hui qu'elle est mon point de départ. Que je suis satisfait d'avoir une corde et un poteau autour duquel brouter.

Sinon, j'ai lu. Beaucoup. Je deviens trop intelligent. Même pour moi. Ca commence à poser problèmes pour trouver des correspondants...
Et j'ai désormais des intuitions et des fulgurances entre les endormissements. Je dois réfléchir environ deux minutes par jour. Le reste du temps est consacré à me tenir dans cette soupe originelle que j'appelle béatitude. Et dont j'espère me lasser rapidement, avant coma définitif et entrée vivant au paradis des idiots qui prétendent au bonheur.

J'ai lu Simmel, Debord, Racine. J'ai bien envie de réécrire Hugo avec des ciseaux. ou de raturer les manuels scolaires avec du typex.

Rarement, je ne me suis senti si peu écrivain. Si je pense à l'écriture en tant que forme d'art, je constate n'avoir qu'une paire d'yeux et des aptitudes d'handicapés. Ma seule aisance est de savoir choisir entre le oui et le non.

Il ne faut pas m'en vouloir si je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. C'est un bon départ. Ca suinte si j'y pense. J'ignore d'où et qui a mit ça en moi et pourquoi je m'en fais transmetteur. Après tout, je pourrais prendre ma retraite...
Je pense à me retirer des lettres pour gérer un patrimoine. C'est un rêve très petit-bourgeois de cultivateur de patates. Dans mon sang de parisien, coule la vie provinciale, un rêve haut comme un tabouret.
Au final, j'aime bien être assis. C'est un vrai vertige que cette position décriée.

Illustrations du fantastique Roman Signer.
 
 
pradoc
29 June 2009 @ 01:46 pm
 


 



Fermé pour cause de fermeture

Bientôt réouverture pour cause de vacances.



 
 
pradoc
28 June 2009 @ 01:57 pm


Chronique allitérative en "C".


Parmi la clique des groupes qui firent claquer le son, Television se tient à l'écart, en décalage et en tête des objets du culte. Car quiconque écouta Marquee Moon fut culbuté et aussi sec déclara, sur ce disque je construirai une chapelle.
Rares sont pourtant les claques musicales dont le souvenir dure trente ans.
Heureusement, vint Tom Verlaine, pour donner le déclic musical et l’éclat punk aux chambres des étudiants cloitrés.
Qu’est-ce que Television ? Un cas d’école, un combo charismatique, toute la classe du New York des caves, et du CBGB, gravée sur disque.
Aucun équivalent à ces cassures de rythmes arachnéens, tissées par de glaciales guitares, coupées par un chant secoué et ponctuées de complaintes qui escaladent, on ne sait quel frisson.
C’est pas du poulet. C’est complètement, carrément, cliniquement et sans clinquant, le seul skeud de punk décrassé de l’histoire.
On y entend se croiser, se chamailler, sans chamallow des cordes pincées, crisser et crier des vocalises et se crisper les accords.
A découvrir donc, recommandé par pradoc, à tous les curieux (même aux crétins s'ils veulent s'en sortir) pour évacuer le cérumen.
 
 
pradoc
26 June 2009 @ 11:39 pm


 
Peu d’activités me plaisent davantage qu’une marche dans Paris, au lendemain d’un abus de boisson. Quand tous sont effondrés, migraineux, poisseux, je sors traîner un corps sans poids d’éponge et me laisse imbiber. C’est dans les jardins du Palais-Royal, que chaque fois, j’aboutis, le souffle coupé en entrant sur les allées en sable. A jeun, si je poursuis vers la Cour Carrée, je retrouve cette même sensation qui est presque une extase.
Un autre lieu où on peut adorer les couleurs des fruits et des légumes, est la rue Saint-Denis et son marché primeur. Là, il faut se laisser envahir, ne pas hésiter à descendre jusqu’à la béatitude qui consiste à aimer les épluchures.
On est au cœur de l’abondance vagabonde qui est de ne rien chercher. Il faut s’être baigné une fois dans ce quartier pour comprendre l’importance d’un cageot d’oranges, et tous les rêves fantasmés contenus dans une banane.
On en ressort délavé, essoré, purgé de tous les parasitages, comme après la mue. Prêt à nouveau pour l’atterrissage.
 
 
pradoc
24 June 2009 @ 03:27 pm


Mais Shox bien qu’il eut des opinions passait fort peu de temps à réfléchir. Sa pensée n’arrivait pas à se fixer, et il était comme un homme sur un balcon, distrait perpétuellement par la rue.
Les bouffées qui lui tenaient lieu de pensée, ne résistaient pas à l’examen prolongé. Et il lui semblait qu’être de son époque consistait à rejeter toutes les théories possibles, à professer des buts personnels pour seules convictions. Il n’en était pas encore arrivé, à cette dernière désinvolture qui consiste à n’avoir que le bonheur et donc l’amusement pour objectif affiché.
Et plus curieusement, il s’aperçut assez tôt qu’à l'exception de quelques enragés, et pour une poignée d’irréductibles, devenus sectaires, la pensée n’avait plus aucune incidence sur les modes de vie, et qu’à Paris, qui que l’on soit, et quelque soient les croyances, on finissait invariablement par se fréquenter et par aimer les mêmes choses, par un effet de flou démocratique qui faisait que les singularités admises en privé, s'effaçaient sous l'effet du jeu social.
 
 
pradoc
23 June 2009 @ 01:55 pm



Lorsque les historiens du futur se pencheront sur le cas de Johnny Halliday, ils seront face à un incroyable mystère, et devront s’arrêter méditatifs devant ce trou noir de la chanson populaire, qui vendit de la musique, comme un entrepreneur du bâtiment, refourgue aux plus défavorisés, des maisons Bouygues et des villas en bétons. Ils devront se faire les archéologues de la Mongolie intérieure pour comprendre pourquoi une civilisation voulut bâtir cette pyramide inversée.

On ne peut toucher le phénomène J.Halliday, sans s’interroger sur l’époque médiatique qui l’a hypocritement choisit pour idole, et a fait de ce camionneur (avec femmes nues et chef indien), une icône.
On ne peut non plus saisir, son parcours de marée noire, sans s’attrister quelques minutes sur la disparition d’une véritable culture populaire dont il ne reste que des ruines, des zones franches, des zup et des bunkers-pavillonnaires.
Je pense que Johnny est le prophète d’une France qui s’est découvert un destin de pays du tiers-monde. Et qu’il fut utilisé pour cimenter la paix sociale et satisfaire les ambitions populistes de politiciens qui écoutent du Mozart chez eux.

On peut aimer les losers, le prolétariat, jusque dans leurs faiblesses, leur reconnaître une violence, une pudeur que la bourgeoisie n’a pas. Mais les fans de Johnny sont différents. Ce sont les créatures du parking, des morlocks aux caddys vides qui errent dans les allées des supermarchés en buvant de la bière tiède. Ceux-là mêmes qui ont renoncés à toute forme de grandeur pour mieux épouser la misère et faire de leur vie, une aire d’autoroute vouée à la destruction.
C’est ainsi, que Johnny a bâti une fortune colossale, qu’il souhaitait d’ailleurs cacher en Suisse, et a lésé des sous-éduqués en les confortant, les encourageant à devenir des militants de leur propre régression. Il est responsable moralement de l’abaissement de ces gens, qui autrefois étaient de paisibles agriculteurs.

Un fan de Johnny est nécessairement un être coupé de toutes ses racines, une plante arrachée du sol et placée en pot sur un rayonnage. Un individu de ce 21ème siècle ravagé, tel qu’on en voit parfois aux informations, sur le pas de sa porte, en chandail bleu ciel, devant une table en formica et qui ne fait rien de son désespoir, de ses colères, entièrement collé à un horizon qui ressemble à un poster (ou à un calendrier de la poste).

Car il faut le dire, Johnny est la tentation nihiliste du prolétariat. Il est sorti victorieux des années 80, et a abattu ce qui subsistait encore de dignité prolétaire pour se payer des villas à Stadt. Son succès s’est établi sur le cimetière du goût. Le petit flûtiste de Hamelin conduit les pauvres en enfer. Merci à lui de les envoyer par charters.
 
 
pradoc
22 June 2009 @ 11:42 pm
S'il vous arrive de vous sentir comme des lapins en prison, cette série est faite pour vous.
Deux épisodes !


 



 
 
pradoc
21 June 2009 @ 02:39 pm


Premier film de David Mamet, "Engrenages" ou "House of games" en VO, est une réussite dans l'art factice de construire un scénario, et de résoudre des problèmes d’échecs. Il fourmille de pièges à spectateurs.
C’est un champ de mines et de chausse-trappes, un jeu de piste cousu d’histoires à triple-détente, sur fond d’intrigue au carré (un peu comme cette phrase).
Bien que théâtral et sentant encore les planches, le film se laisse découvrir avec plaisir. Il roule sur des rails parfaitement huilés, avec une grande intelligence des enjeux. C’est du vrai cinéma classique, c’est-à-dire à l’ancienne, millimétré, précis. On en sort avec le sentiment de s’être fait avoir et roulé dans la farine. Un parfait exemple de film de scénariste.

Si vous aimez les histoires ficelées et dégraissées, je recommande « Way of the Gun », un brutal film sombre, d’excellente facture, écrit par une sorte de Peckinpah suicidaire. Un belle composition où les noirs gagnent, après une superbe fin de partie, riche en positions d'attaques et en gunfights chorégraphiés.
Selon moi, un des meilleurs polars de ces dernières années. Du Kasparov avec un flingue !

Disons, qu'il s'agit dans les deux cas pour le réalisateur de battre le spectateur et de le mettre mat. Ça change de ces cinéastes qui croient encore pouvoir faire le coup du berger avec des bastons de robots...
 
 
pradoc
20 June 2009 @ 04:48 pm

 
Sinon, j'ai rafraîchi mes favoris : Ici.
 
*****
Comme j'étais trop riche, je voulus dépenser. Direction la librairie pour casser du billet.
Après une demie-heure de tergiversation face aux tables, à genoux près des stands, accroupis devant les rayonnages, je me sentis de plus en plus mal à l'aise. Mon œil devenait blanc.
Quelle immense quantité de mayonnaise. Me dis-je. Y-a-t-il dans la tête des gens pour remplir un si grand espace ? Suffit-il d'acheter une raquette pour prétendre être champion de tennis ?
Trop de volumes. Et trop de prétention.
Pas assez d'ennemis de la parole. Nous sommes pourtant à l'époque charnière, où il s'agit de renoncer au verbe pour pouvoir mieux regarder la télévision. N'est-ce pas ?

*****

J'ai dépensé en compassion toute mon énergie. Me voilà alourdi de problèmes qui ne sont pas les miens. Qui dois-je alors blâmer ? La croix ou celui qui crut devoir monter ?
 
 
pradoc
18 June 2009 @ 05:32 pm




 

Il fut le grand et divin couturier. Malgré l'enlisement où se rabâchait son travail.
Contre le pouvoir nocif des phrases sans défaut qui retombent, épuisées par ce parcours du combattant qu'est la juste expression, il opposa aux raideurs du Grand Style et aux malheurs de la prêtrise en art, la patience et le décantage.

Parfait styliste, par sa défiance, ennemi de toutes les facilités.
Une faute le rendait malade. Non qu'il aimât la correction, il la méprisait. Mais il voyait l'ordre caché, et ne pouvait trahir.

Cela dit, bon vivant, au teint de coupe-rose, gros gras grand buveur, implanté dans un terroir. Aussi célèbre qu'une spécialité fromagère.

Je l'imagine volontiers clapotant dans un canapé à réfléchir aux tâches d'eau du mur. Occupé par tout le vide de son désoeuvrement.

On peut relire vingt fois ses livres. C'est leur raison d'être, que de ne pas contenir d'erreurs et d'opposer aux subjectivités du goût, aux sautillements critiques, un art du bien bâtir et des plans d'architecte.
 
 
pradoc
17 June 2009 @ 08:07 pm

Le 27 mai, j'écrivai sur la page FaceBook de Nicolas Sarkozy :

Bonjour, J'aimerai devenir poète officiel de l'UMP et obtenir une bourse pour écrire des odes au président. Je maîtrise l'alexandrin, le sonnet et le rondeau. Pour un prix modique, je suis prêt à faire l'apologie du gouvernement.

et

Je reste convaincu, cher Président, que depuis le départ de Dominique de Villepin, le gouvernement a besoin d'un nouveau poète à sa tête et que la poésie est seule capable de remédier à la crise, quoiqu'en disent les matérialistes. Bien à vous.

Mais l'Elysée, n'ayant aucune conscience des enjeux concret de la poésie, ne répondit pas. Seul un site internet parut s'intéresser à l'information. Ici.
Misère de la poésie ! Misère de la politique ! Je vais contacter Bill Gates.
 
 
pradoc
17 June 2009 @ 01:54 pm

Tout le monde s'est un jour éloigné en cachette du vacarme du rez-de-chaussée, pour gravir les marches jusqu'au ciel, dans le silence du grenier caché. Les voix humaines y parviennent étouffées. Assourdi, le tumulte du monde semble monter d'un autre temps, dont on s'est déjà évadé. On peut rester couché sous un métier à tisser dans l'odeur de vieux journaux et de cartons jaunis, à écouter la vie s'écouler autour de soi. Avec la même sensation de légèreté que dans une entreprise de pompes funèbres au mois de juillet, quand le croque-mort mange un sandwich au fromage et que le soleil brille sur les cercueils.

Le grenier n'est pas fait pour les foules. C'est un lieu intime qui déconcerte les gens et où même les hommes adultes perdent leur naturel. Au grenier, il faut de la solitude et de la jeunesse, on y apprend le sexe et l'existentialisme : à 17 ans, on rentre en cachette du bal, on tourne avec précaution la clé, on monte l'escalier, on ouvre la porte du grenier, on se déshabille, on se couche en maugréant dans le noir sous la couverture : 'Pourquoi faut-il que chaque planche grince ?'

Le père de famille aussi aime à se cacher au grenier pour échapper à ses obligations du samedi en feuilletant un illustré de 1956. Quand il redescend, c'est déjà l'après-midi.

Quand on a passé l'après-midi dans la paix d'un grenier et qu'on redescend à l'étage, on a l'impression de rentrer d'un long voyage. La grand-salle est claire, dehors le ciel est haut. Les arbres se dressent, rudes. Le vent fait vibrer la drisse du mât à drapeau - tous les détails du paysage apparaissent distinctement. L'allée du jardin mène vers le monde. Là-bas, la vie est chaotique. On y a tour à tour un rôle de cocher ou de passager.

Pour l'homme du grenier, des années peuvent s'écouler dans le monde du rez-de-chaussée. Un jour, il monte jusqu'au grenier, il se souvient de son enfance. Il lui semble que tout ce à quoi il croit se trouve là chez soi, tout ce qui demeure, ce qui est fort, tout ce qui permet de se lever chaque matin. Il sent qu'il a reçu sa part de la vie, comme s'il n'avait jamais quitté le grenier.
 
 
pradoc
12 June 2009 @ 01:43 pm

Après il a pris un tire-bouchon entre l'index et le majeur, et direct, il l'a enfonçé dans l'oeil du geignard qui pleurnichait.
Puis, il a tiré d'un coup sec.
J'te fais mal ? Il a dit.
L'autre a répondu que ça piquait.
Ensuite, il lui a versé du vin dans l'orbite et il a touillé avec une cuillère.

(The End.)

Il y avait un type qui était tellement bourré au supermarché, qu'il discutait avec sa bouteille.
On va être bien tous les deux, ce soir. Il disait.
Et la bouteille ne répondait pas.
 
 
pradoc
11 June 2009 @ 11:19 pm

Shox partit en Juillet dans l’Oise pour la ferme familiale, retrouver les hectares d’herbes, l’étang, le panorama de frondaisons qui faisait puzzle avec des feuilles. Il passa trois semaines en T-shirt assis sur un motoculteur, bercé par le ronronnement des pals, dans l’odeur de verdure coupée, suant.
Un petit troupeau de chats devenus sauvages avait ses habitudes dans le jardin et galopait sur les murets, se poursuivait avec des cris, et dans la maison endormie entrait parfois par la fenêtre pour en souiller les canapés. De la terrasse, on les voyait qui passaient, souples et bondissants. Impossible de les approcher à moins de dix mètres, ils s’enfuyaient à toutes jambes, et de dos ressemblaient à des lapereaux. Ils n’avaient pas de maître, l’habitation la plus proche était à plusieurs kilomètres, et ces harets se nourrissaient de leur chasse aux mulots, se blessaient la truffe en s’attaquant aux hérissons ou renversaient les poubelles postées le long de la départementale.

Shox s’occupa même de jardinage, mais en amateur, sans respecter les consignes, suivant l’inspiration. Il jeta des graines dans des pots, et dans les plates bandes, sans avoir lu les étiquettes des sachets, au hasard. Il tailla un cerisier au sécateur, ça il savait faire (quoique), et regarda tomber les branches.
Pour se distraire, et comme il avait découvert dans le cagibi un pot de peinture bleue, il décida de peindre un arbre, se rendit dans la forêt, choisit un jeune chêne et au rouleau couvrit le tronc jusqu’à la cime. Il fut fier de cet acte gratuit dont il ne comptait parler à personne. Comme d’une folie. Ce fut le secret de cet été, une invention absurde née de la solitude, un geste dénué de cause et n’ayant pas de but.

 
 
 
 

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